Les Cryptonautes Anonymes

Critique Culture Rupture

18 mai 2007

Les documentaires contre-attaquent

En ce moment, les documentaires-chocs sont à la mode, mais là je viens d'en prendre plein la figure depuis hier...

Je commence avec Jacques Vergès : l'avocat de la terreur, un film qui retrace la vie du célèbre avocat. Défenseur des nationalistes algériens pendant les années, 50, le juriste a ensuite disparu pendant 8 ans sans que personne ne sache ce qu'il a fait durant cette période. Il revint ensuite en France, pour défendre l'extrême-gauche "terroriste", celle qui posa des bombes à Paris dans les années 80 et Klaus Barbi... Le documentaire nous présente un homme sympathique, raffiné, un intellectuel tout ce qu'il y a de plus lettré, adepte d'une stratégie très particulière lors de ses plaideoiries : celle de la rupture. Les terroristes sont des resistants, les poseurs de bombes des combattants de la liberté... Lorsqu'à Klaus Barbi il est reproché ses tortures sur des résistants tels que Jean Moulin, l'avocat évoque les exactions commises par les militaires français en Algérie...

J'ai ressenti un profond malaise à la vision de ce documentaire, en me disant que gosse j'aurai pu me retrouver dans un TGV, une rue où ces bombes ont explosé. Pour quel idéal, pour quelle révolution ? Aucune population ne mérite de souffir par la faute de ses gouvernants, quelque soit la cause invoquée. C'est tellement plus simple de faire pêter un explosif dans un endroit bourré de monde, plutôt que d'attaquer l'Elysée... Moment fort du film : "Auriez vous pu défendre Hitler ? " demande le jounaliste. Réponse : "j'aurai même pu défendre Bush !" s'exclame Vergès. Je crois qu'à ce petit jeu de la démagogie cynique, la démocratie est toujours perdante. Je plains cet avocat et tous ses terroristes d'amis...

Je finis avec Sicko (et oui, ça ne s'invente pas !), nouveau docu engagé de Michaël Moore. Ce réalisateur, on l'aime ou on le déteste, mais force est de constater que son dernier film est tout simplement le meilleur qu'il ait jamais réalisé. Je vous ai fait un résumé très court et très imparfait.... Le cinéaste américain dépeint le système social de son pays, une société où on refuse à un homme une greffe osseuse qui aurait pu le sauver (le témoignage de la veuve était boulversant), où une maman se voit chasser des urgences d'un hopîtal alors qu'elle amenait son bébé, car l'établissement en question ne correspondait pas à sa compagnie (le bébé ne survivra pas à sa fièvre). Moment fort du film, le réalisateur se demande si les héros de ce pays sont mieux considérés que les plus humbles... Et l'on observe, hallucinés, que les sauveteurs du 11 septembre ont subi de graves brulures aux poumons, et autres maladies, et que c'est la croix et la bannière pour qu'ils soient pris en charge... A travers les exemples des autres pays (Canada, G.B. et France), Moore montre la cruelle différence de régime social (médicaments remboursés, gratuité...) et finit son film à Cuba avec les pauvres pompiers du 11 septembre, en larmes (la salle aussi...) lorsqu'ils se réalisent que les médicaments là-bas ne coûtent que quelques centimes... Et qu'ils vont pouvoir être soignés dignement.

Moralité : les premières victimes de Bush sont les américains eux-mêmes... Quelle tristesse.


Posté par Sycophante à 14:18 - Cannes 2007 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


« Accueil  1